Le 7 novembre 2023
Film historique, film initiatique et film d’émancipation, Goodbye Julia est une merveille absolue.


- Réalisateur : Mohamed Kordofani
- Acteurs : Siran Riak, Ger Duany, Eiman Yousif
- Genre : Drame, Historique
- Nationalité : Suédois, Soudanais
- Distributeur : ARP Sélection
- Durée : 2h00mn
- Date de sortie : 8 novembre 2023
- Festival : Festival de Cannes 2023

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– Festival de Cannes 2023 : sélection officielle, Un Certain Regard
– Cannes 2023 : Prix de la Liberté Un Certain Regard
Résumé : À la veille de la division du Soudan, Mona, ex-chanteuse nord-soudanaise, cherche à se racheter d’avoir accidentellement causé la mort d’un homme sud-soudanais, en engageant son épouse comme domestique.
Critique : La diffusion du cinéma africain sur les écrans français, voire européens, interrogent d’abord chez le spectateur la connaissance qu’il peut avoir généralement du continent, et plus particulièrement des pays multiples qui le composent. En l’occurrence, Goodbye Julia pose avec brio les tourments du Soudan avant la séparation du nord et du sud dans les années 2013. Le récit se passe avant les élections qui ont décidé du sort nouveau du pays, pays dominé par les Arabes du Nord, de religion musulmane, au détriment des sudistes, discriminés et maltraités. Deux femmes finalement composent ce paysage politique contrasté : d’une part Mouna, une bourgeoise dont le mari, menuisier, est proche du pouvoir ; et Julia, une sudiste, que ce dernier tuera pour soi-disant protéger son épouse de sa violence.
- Goodbye Julia
- © 2023 Station Films. Tous droits réservés.
Ce duo de femmes où se noue la tragédie de la culpabilité et du mensonge permet aux spectateurs d’appréhender immédiatement la terrifiante question des territoires du nord et du sud au Soudan. Mais, ne nous trompons pas, le long-métrage n’est pas un documentaire historique. Il s’agit d’une fiction dense qui oppose le destin de deux femmes, toutes les deux étouffées par les contraintes culturelles et sociales que leur impose leur communauté. On mesure à travers leur amitié et leur intimité quotidienne, le dilemme de l’émancipation dans un contexte dominé par les hommes et des courants idéologiques.
La dédicace de la fin où le réalisateur cite son père, permet de comprendre que le récit du petit garçon, orphelin de père, est peut-être le sien. Le cinéaste filme les personnages avec un grand respect. Il ne prend pas partie pour l’une ou l’autre femme, comprenant presque le mensonge de Mona et l’acceptation de la relation de pouvoir par Julia. Politiquement non plus, il refuse toute forme de militantisme ou de propagande. Pour lui, il décrit une situation complexe, où les bonnes intentions peuvent promettre du pire.
- © 2023 Station Films. Tous droits réservés.
Goodbye Julia offre enfin l’opportunité de découvrir sur nos écrans un certain cinéma africain. C’est une œuvre très écrite, très noble, qui donne l’occasion au spectateur de se méfier de son propre ethnocentrisme et des préjugés en matière de religion.