Le 14 décembre 2016
Évitant judicieusement d’aborder avec un trop grand sérieux son caractère politique, Face au Diable vaut principalement pour ses dialogues incisifs et grinçants.


- Acteurs : Henri Guybet, Olivier Chantreau, Adèle Simphal
- Genre : Comédie, Drame
- Nationalité : Français
- Date de sortie : 6 décembre 2016

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Résumé : Hugo Bernal est un leader syndical énergique et charismatique. Mais quand l’usine qu’il est censé sauver ferme, 2000 personnes se retrouvent au chômage. Hugo perd tout : le respect de ses camarades, son boulot, la garde de sa flle… Sonné, il se laisse entraîner en soirée et rencontre Clémence, une jeune flle peu farouche. Ce n’est qu’au lendemain d’une nuit mouvementée, qu’Hugo comprend qui elle est : l’héritière de Philippe Legrand, le dirigeant d’un parti d’extrême droite imaginaire.
Notre avis : Une (web)série politique française d’une durée totale de 80 minutes, en voilà un projet aussi ambitieux que casse-gueule. Par sa très courte durée, et heureusement cette contrainte s’avère (partiellement) prise en compte par son créateur Gilles Daniel, Face au Diable se confronte à l’évidente impossibilité de développer à partir de ses personnages fictifs un propos pertinent et dense sur le monde politique français. Caricaturale au possible, et voulue comme telle, la série opte plutôt pour la grossièreté du trait afin de dessiner le portrait d’un parti d’extrême droite dont les bureaux sont aussi remplis qu’une salle des fêtes lors d’un meeting d’Hervé Mariton dans la Creuse (mais on nous le présente comme influent dans la politique du pays alors bon...). Dans le cliché du mouvement politique et de son patriarche d’une intolérance à en faire pâlir un débat entre Alain Soral et Daniel Conversano (ou ce qu’il reste de son visage...), Face au Diable en extirpe des séquences marquées par des punchlines cinglantes et très efficaces par leur drôlerie, à mi-chemin entre la facilité et la crédibilité (dérangeante) vis-à-vis des personnes dont la série s’inspire (10€ qu’une partie de scrabble se déroule ainsi chez Le Pen père). Très convaincant lorsqu’il s’agit de donner vie à ces dialogues percutants, les acteurs portent la justesse parfois fragile de cette relation « je t’aime, moi non plus », soutenue grâce aux prestations d’Olivier Chantreau (Hugo Bernal) et d’Henri Guybet (Philippe Le Grand), au centre d’un programme court s’éparpillant bien trop pour offrir à cette intrigue son plein potentiel.
Finalement bien peu focalisé sur la relation soi-disant amoureuse d’Hugo et de Clémence, dont l’affinité se révèle purement physique, Face au Diable tenait en revanche une mine d’or avec la rencontre puis l’attirance morbide qui s’y succède d’un syndicaliste envers une figure illustre de l’extrême droite. Parce que la série parvient à communiquer cette fascination au spectateur, le regret de ne pas en découvrir davantage frustre, d’autant plus que, si elles peuvent amuser, les intrigues secondaires ne suscitent que bien peu d’intérêt en guise de comparaison. L’enquête policière apportée par la venue d’un personnage se vautre dans la facilité faute de temps pour la développer, et le background de Clémence, aussi superficielle qu’un débat sur le burkini, énerve par les minutes qui lui sont accordées. Non pas que l’on crache sur la thématique de l’instrumentalisation dont elle est victime, mais son degré de stupidité constitue un sacré frein à l’appréciation de son personnage. Au final, si Face au Diable évite de s’embourber dans les méandres de la politique française, elle ne peut s’empêcher de vouloir en faire trop, un peu inconsciente de ses contraintes de temps. La conclusion en pâtit sérieusement malgré la symbolique qui y est rattachée, préférant l’acte aux paroles pour clore son récit de manière abrupte, par rapport au reste de la série, mais au sein même de l’épisode, avec son montage qui ne respire pas assez pour conférer à l’action toute sa portée et sa force. Une semi-réussite.