Emploi précaire
Le 16 février 2010
L’histoire d’amour entre un paysan basque et un immigré péruvien. Primé au Festival de Berlin, ce premier long métrage qui combine néoréalisme et cinéma de scénariste est un modèle de rigueur et d’émotion.


- Réalisateur : Roberto Castón
- Acteurs : Joxean Bengoetxea, Christian Esquivel, Leire Ucha, Eriz Alberdi, Jose Kruz Gurrutxaga
- Genre : Drame, LGBTQIA+
- Nationalité : Espagnol
- Distributeur : Bodega Films
- Durée : 2h08mn
- Date de sortie : 17 février 2010
- Plus d'informations : Les européennes de Polychromes
- Festival : Festival de Berlin 2009, Les européennes de Polychromes, Festival gay & lesbien de Paris

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– Festival de Berlin 2009 : Prix C.I.C.A.E.
– Toulouse Cinespaña 2009 : Violette d’or
– Année de production : 2009
L’argument : Ander a la quarantaine passée, il est paysan et vit dans un coin perdu de la Biscaye avec sa sœur Arantxa et leur vieille mère. Il mène une existence monotone et ne connaît que le travail, que ce soit à la ferme ou dans l’usine voisine. Alors qu’Arantxa doit bientôt se marier et laisser Ander s’occuper seul de leur mère, celui-ci se casse la jambe et doit rester plâtré pendant deux mois. Pour l’assister dans ses tâches, la famille embauche José, un travailleur péruvien. Le nouveau venu bouleverse bientôt les relations familiales en même temps qu’il trouble de plus en plus Ander...
- Copyright Bodega Films
Notre avis : Premier film d’un auteur de courts métrages par ailleurs directeur du Festival du film gay et lesbien de Bilbao, Ander a d’abord la singularité d’être l’un des rares films en langue basque, même si le castillan est également parlé par certains personnages dans le récit. L’économie de moyens (le cinéaste a essentiellement reçu un financement régional) et le cadre rural font glisser le film dans la veine néoréaliste, accentuée par une épure des dialogues et un minimalisme des effets techniques : les séquences « champêtres » évitent ainsi la joliesse photographique et donnent à l’œuvre une sécheresse qui convient à son sujet. Loin de l’ironie second degré d’un Alain Guiraudie (Le roi de l’évasion), le cinéaste ne décrit pas les agriculteurs comme des « tontons tringleurs » mais des acteurs sociaux marqués par la rurbanisation et l’influence des normes sociales en évolution : Ander est moins un refoulé qu’un être vivant plus ou moins un compromis, jusqu’à la rencontre de l’obscur objet du désir qui bouleversera son existence. La richesse de la thématique (sur l’homosexualité bien sûr, mais aussi la prostitution et la vie communautaire) , combinée à un style sans fioritures, ne doit pas occulter les talents de scénariste de Roberto Castón dont les qualités d’écriture et l’aptitude à émouvoir (sans pathos) lui permettent de suivre la trace des plus grands. Souhaitons que ce coup d’essai soit suivi d’autres réussites chez ce cinéaste plus que prometteur.