Le 6 mars 2022
Si l’opposition musicale et culturelle d’Ali et Ava est une belle opportunité à raconter une romance, la confusion de la mise en scène finit par perdre le spectateur.


- Réalisateur : Clio Barnard
- Acteurs : Shaun Thomas, Natalie Gavin, Adeel Akhtar, Claire Rushbrook, Ellora Torchia
- Genre : Comédie dramatique
- Nationalité : Britannique
- Distributeur : Rezo Films
- Durée : 1h35mn
- Date de sortie : 2 mars 2022
- Festival : Festival de Cannes 2021

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Résumé : Ali et Ava n’avaient aucune raison de se rencontrer. Blessés par la vie, c’est leur affection commune pour Sofia, une jeune fille dont Ava est l’assistante scolaire qui les fait se croiser. De là va naître un lien profond au-delà des différences sociales et culturelles.
Critique : Quand on pense à l’œuvre de Clio Barnard, on pense essentiellement à son fascinant Géant égoïste (2013) qui était inspiré d’un conte d’Oscar Wilde. La réalisatrice britannique revient avec un style plus léger, dans une histoire d’amour qui réunit deux personnages aux antipodes : d’un côté, il y a Ava, grand-mère de cinq petits-enfants, veuve depuis longtemps, qui habite un quartier populaire et écoute la musique folk ; de l’autre, il y a Ali, qui, quand il ne gère pas ses locataires dans les multiples appartements qu’il possède, danse sur le toit de sa voiture avec des musiques techno plein les oreilles. On comprend donc dans le lien improbable qui va se créer entre les deux personnages, que la réalisatrice poursuit le vœu d’offrir au spectateur un hymne à la tolérance.
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Ali & Ava est un récit sur la musique qui s’invite d’ailleurs avec brio dans le générique de début. Les deux personnages évoluent au fur et à mesure du rythme de leurs tubes préférés et de leur cœur. Le scénario cherche à dessiner deux personnages à l’inverse du statut social qu’on aurait attendu d’eux. Ava est une héroïne modeste, issue des quartiers populaires irlandais, là où Ali, d’origine indienne a priori, fait montre d’une grande stabilité sociale et économique. Le long-métrage du coup, à force de chercher à fuir les stéréotypes, s’enferme dans le contraire de ce qu’il poursuit. Les personnages deviennent alors grotesques, engoncés dans des habitus culturels dont ils ne parviennent jamais à s’extirper. Le scénario en rajoute avec les poncifs de la femme battue, de l’homme abandonné par sa femme qui choisit la liberté.
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Bref, l’ennui et la maladresse prennent toute la place de de ce récit qui aurait pu être chantant, joyeux et attachant. Le spectateur s’épuise avec les personnages dans une mise en scène confuse et caricaturale. L’émotion disparaît malgré quelques belles fulgurances où la musique y prend une grande part. Ali & Ava aura déçu, autant que nous avions été subjugués par la puissance narrative de la première œuvre de Clio Barnard.