Ni vu ni connu
Le 30 avril 2003
Violence urbaine et serpents venimeux.. Patrícia Melo fidèle à elle-même dans un Brésil au bord de l’apocalypse.


- Auteur : Patrícia Melo
- Editeur : Actes Sud

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La rançon du succès... Actes Sud édite le premier roman de Patrícia Melo. Ecrit en 1994 et jamais encore traduit, Acqua-toffana met en place l’univers de la jeune romancière brésilienne et préfigure déjà l’oeuvre à venir.
Il a fallu trois romans à Patrícia Melo pour s’imposer comme un nom qui compte en matière de littérature brésilienne. Un univers romanesque qui se précise, très actuel, très cru, centré sur la violence urbaine qui fait loi dans les mégapoles, et les revers de fortune des petits caïds. O matador croquait déjà un décor largement réinvesti dans Enfer. L’éloge du mensonge s’essayait avec bonheur à la dérision dans un vaudeville un peu trash. Acqua-toffana, qui vient de paraître dans sa traduction française, est en réalité son premier roman. Mélange de genres, il ouvre manifestement la voie aux textes qui suivront. On y trouve déjà ces angoisses urbaines, ces menaces latentes étrangement mêlées à des fantasmes d’érotisation de la violence.
Deux parties, assez distinctes, avec pour seul fil conducteur un étrangleur, qui sème l’émoi dans le quartier de la Lapa. Une femme vient dénoncer son mari au commissariat, exhibant des fantasmes mortifères comme un dernier rempart avant la désagrégation de son couple. Excitation de l’amour à mort, dans des vapeurs délétères, comme la fameuse "acqua-toffana" qui tue lentement, très lentement, et sans traces. On est là dans les prémisses d’Eloge du mensonge, le crime parfait, le machiavélisme qui se veut sans failles, l’idée géniale qui tourne mal, forcément. On est déjà dans les venins, les poisons, serpents, scorpions, tarentules, et les références, cinématographiques, ici, comme elles étaient littéraires dans Eloge du mensonge.
La deuxième partie explore le désir de meurtre, cette pulsion qui parfois effleure le sentiment amoureux pour mieux le transformer en haine. Manoeuvres d’approche, stratégie guerrière, plans fixes sur le fantasme dévoilé... C’est une lutte contre la mort, celle de la victime comme celle du bourreau, ballottés par le hasard et les circonstances.
Ecriture rapide et fiévreuse, effervescence urbaine, des personnages au bord du précipice, dans un monde de violence et de solitude. Pas de larmes, pas de pitié. Une touche de plus à la peinture du Brésil selon Patrícia Melo, des couples qui se disloquent sur fond de chaos universel... Mais la vie continue !
Patrícia Melo, Acqua-toffana, (Acqua toffana, traduit du portugais par Sofia Laznik-Galves), Actes Sud, 2003, 175 pages, 18 €