Le 2 décembre 2020
La confrontation d’un agent de la sécurité et d’une suspecte devient le prétexte d’un dialogue de philosophie politique qui propose des réflexions plutôt intéressantes. Pas si courant dans un téléfilm du vendredi soir.


- Réalisateur : Matti Geschonneck
- Acteurs : Charly Hübner, Sophie Von Kessel, Michèle Fichtner
- Genre : Drame, Thriller, Téléfilm, Policier
- Nationalité : Allemand
- Distributeur : Arte
- Date télé : 2 décembre 2020 13:35
- Chaîne : Arte
- Titre original : Das Verhör in der Nacht

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Résumé : Judith, professeur de philosophie, est en route pour fêter Noël avec ses parents. Mais lorsqu’elle quitte son hôtel, elle est arrêtée par Thomas, un agent de la sécurité de l’Etat. Judith aurait planifié un attentat le soir même avec son ex-mari, arrêté la veille. La jeune femme proteste de son innocence.
Critique : Une femme seule dans un hôtel plutôt luxueux, mais désert. Des perspectives inquiétantes que la caméra saisit et que des ombres habitent. Des premiers plans qui rappellent les tableaux d’Edward Hopper, avec un personnage nimbé de mystères et des lueurs blafardes que découpent une géométrie implacable, comme une forme de rationalité piégeuse. Les rares mots des personnages, sitôt que Judith est interpellée par l’agent de sécurité Thomas, renforcent les doutes. Puis les questions affluent : où était la jeune femme, la veille, avec qui ? L’interrogation devient insistante, se concentre sur une soirée, les boissons consommées, les relations avec un ex-mari. Mais on ne sait toujours pas le mobile. A partir de ce prélude aux accents kafkaïens, un affrontement débute entre les deux protagonistes, qui acquiert la forme d’un huis clos.
On a déjà vu cette configuration, elle prend pourtant rapidement la consistance d’un dialogue de philosophie politique intéressant, en connexion avec les récents attentats terroristes qui ont ensanglanté l’Europe. Chacun suit sa partition, l’agent en lucide défenseur de l’Etat de droit, pourtant pas ignorant des théories de Max Weber, bien qu’il ne le cite pas. Son interlocutrice, enseignante de philo, auteure d’une thèse sur Frantz Fanon, s’intéresse beaucoup à la violence révolutionnaire, se réfère à une pensée marxisante, vitupère la reproduction structurelle des inégalités sociales.
Toutefois, les idées qu’on défend justifient-elles l’usage des moyens les plus radicaux ? Sur un argument qu’on croirait tiré de la pièce Les Justes d’Albert Camus, ce téléfilm parvient à organiser une confrontation plutôt substantielle, au-delà du simple jeu du "chat et de la souris" propre aux affrontements verbaux entre policiers et suspects. On laisse le soin au spectateur de deviner si Judith a vraiment mis ses pensées à exécution et engendré un réel attentat.
Une nuit pour convaincre, adapté d’une pièce de théâtre, parvient à justifier son titre et maintient globalement l’intérêt, malgré quelques baisses de rythme et un usage abusif du champ-contrechamp.