Le 21 janvier 2024
Les Chambres rouges est un film visuel, percutant et glacial, et surtout redoutablement efficace.


- Réalisateur : Pascal Plante
- Acteurs : Juliette Gariepy, Laurie Fortin-Babin, Elisabeth Locas, Maxwell McCabe-Lokos, Frédérick De Grandpré
- Genre : Thriller
- Nationalité : Canadien
- Distributeur : ESC Distribution
- Durée : 1h58mn
- Date télé : 11 mars 2025 21:00
- Chaîne : Canal+ Cinéma
- Âge : Interdit aux moins de 12 ans
- Date de sortie : 17 janvier 2024

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Résumé : Deux jeunes femmes se réveillent chaque matin aux portes du palais de justice de Montréal pour pouvoir assister au procès hypermédiatisé d’un tueur en série qui les obsède, et qui a filmé la mise à mort de ses victimes. Cette obsession maladive les conduira à tenter par tous les moyens de mettre la main sur l’ultime pièce du puzzle, qui pourrait permettre de définitivement confondre celui que l’on surnomme le Démon de Rosemont : la vidéo manquante de l’un de ses meurtres.
Critique : Les Chambres rouges s’ouvre sur le tribunal de Montréal. Une jeune femme, très séduisante, qui a dormi dehors à proximité du bâtiment public, s’enfile dans le long et tortueux couloir judiciaire jusque la chambre criminelle où va se tenir le procès de Ludovic Chevalier. Ce dernier est accusé par la procureure d’avoir torturé à mort de très jeunes femmes et, pire, d’avoir fait commerce de ses crimes sur la face noir d’Internet. On s’imagine pendant les premières séquences, qu’il s’agit d’un film de procès. Mais Pascal Plante entraîne très vite ses spectateurs dans une autre direction à travers ses deux personnages féminins qui assistent au procès. L’une est mannequin, habituée aux plateaux de publicité, elle a développé des compétences incroyable dans le maniement du Dark Side du Web. L’autre semble perdue, elle voue une forme d’amour aveugle pour l’homme qui va être jugé, certaine qu’il est innocent et victime de l’acharnement médiatique à trouver un coupable à ces crimes immondes.
- Copyright Nemesis Films inc
Le réalisateur canadien offre un thriller d’une efficacité redoutable. Sans jamais montrer l’horreur, il parvient à créer une atmosphère troublante, vertigineuse, où le spectateur s’égare sans parvenir à reprendre son souffle. Le mystère est total d’un bout à l’autre du récit, auquel s’ajoute un parti pris ultra-stylisé. La fiction fonctionne par répétitions, puis peu à peu brouille les cartes. Kelly-Anne, l’héroïne principale, se transforme à son tour en une sorte de monstre froid, ambigu, dans une quête obsessionnelle des preuves qui pourraient innocenter ou accabler l’accusé. On ne saisit jamais dans quel camp elle se trouve, à l’inverse de Clémentine qui a littéralement fondu d’amour et de compassion pour l’odieux criminel. Nadia, Butterfly nous avait semblé assez fade, du fait d’une mise en scène relativement conventionnelle et d’une prévisibilité consternante. Cette fois, Pascal Plante excelle dans une mise en scène terriblement étouffante, d’une franche inventivité, ouvrant son récit sur la face noire d’Internet où les échanges commerciaux à coups de bitcoins recouvrent le pire de l’humanité.
- Copyright Nemesis Films inc
Les Chambres rouges ne donne pas toutes les clés de compréhension. Le personnage de Kelly-Anne est complexe, nébuleux, à l’instar du criminel supposé qui ne prononce pas une seule parole pendant tout le film. Il est reclus derrière la vitre du tribunal, symbole de sa cruauté et sa psychopathie. Il faut être accroché à son siège pour ne pas céder à la peur tant l’histoire est bien menée. On apprécie aussi les décors somptueux qui contribuent à leur façon à l’ambiguïté de la mise en scène entre thriller, fantastique et drame sociétal. On pourrait presque ressentir, dans la tension du film, la puissance de l’horreur d’une des premières œuvres de Mickael Haneke Benny’s Video où le réalisateur autrichien jouait entre l’horreur et le récit d’anticipation technologique. Franchement, Pascal Plante s’affirme enfin comme un réalisateur mature, qui maîtrise l’effroi et la terreur au service d’une fiction puissante et angoissante.