Le 3 février 2019
Cette romance agréable, bien servie par ses deux jeunes interprètes, distille un charme certain malgré un ton un peu sage.


- Réalisateur : Mikko Mäkelä
- Acteurs : Janne Puustinen, Boodi Kabbani, Mika Melender, Virpi Rautsiala
- Genre : Drame, Romance, LGBTQIA+
- Nationalité : Finlandais
- Distributeur : Outplay Distribution
- Durée : 1h48mn
- Titre original : A Moment in the Reeds
- Date de sortie : 20 mars 2019
- Festival : Festival Chéries-chéris

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– Année de production : 2017
Résumé : De retour en Finlande pour les vacances d’été, Leevi aide son père à restaurer le chalet familial au bord d’un lac. Tareq, un réfugié syrien demandeur d’asile, les aide sur ce chantier. Alors que Leevi trouve refuge dans la littérature de Rimbaud, Tareq tente de se construire une identité dans un monde fait d’inégalités. Loin du regard du père, ces deux hommes que tout oppose se découvrent l’un l’autre. L’amour devient un exutoire...
Critique : Le cinéma finlandais a rarement abordé la thématique de l’homosexualité, même si l’on a en mémoire la coproduction Tom of Finland, biopic dont l’action se déroulait essentiellement des années 40 à 70. On peut déceler dans Entre les roseaux la volonté de son réalisateur Mikko Makela de combler cette lacune, d’autant plus qu’il s’est certainement projeté dans ses deux personnages. Comme Leevi, il a entrepris des études de littérature en Europe (il vit actuellement à Londres, quand Leevi rêvait de poursuivre sa vie à Paris) ; à l’instar de Tareq et Leevi, il a toujours été écartelé entre deux cultures et deux pays, tentant de concilier épanouissement personnel et fidélité à des racines en dépit du poids des préjugés communautaires. Car le mérite d’Entre les roseaux est d’avoir greffé deux sujets, la stigmatisation des gays et la discrimination dont sont victimes les réfugiés, tout en portant un regard amer sur la société finlandaise. Si celle-ci constitue pour Tareq une terre d’accueil susceptible de lui fournir un emploi (il rêve d’un poste d’architecte), tout en tolérant son orientation sexuelle, le jeune homme déchante vite, d’une part en raison de son déclassement (il mérite mieux que le job précaire que lui propose le père de Leevi), d’autre part en découvrant qu’il a atterri dans une zone rurale où la xénophobie et l’homophobie ne sont pas seulement des tares du passé.
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Quant à Leevi, il a fui son pays natal pour lui aussi s’affirmer, sans toutefois avoir à subir les préjugés raciaux. La rencontre entre ces deux jeunes gens aboutit dès lors à un joli drame romanesque, sans lourdeurs narratives ni digressions inutiles, et qui permet au réalisateur de montrer le contraste entre la sérénité apparente de paysages bucoliques et le tourment de personnages soit idéalistes et contrariés (Leevi et Tareq), soit taiseux et malveillants (le père). « J’ai voulu faire un film à la fois finlandais et non-finlandais, un film contenant de multiples axes sur mon pays d’origine. Il est important pour moi de mettre en scène cette ouverture de la société finlandaise traditionnelle par des personnages généralement relégués en marge, le tout dans un décor emblématique de la Finlande, le bord d’un lac en été », a ainsi déclaré Mikko Makela dans le dossier de presse. Son premier long métrage, dont il a également assuré le montage, distille un charme certain et doit beaucoup au magnétisme de ses deux interprètes, le joli Janne Puustinen (par ailleurs réalisateur et professeur de théâtre), et Boodi Kabbani (acteur et metteur en scène syrien qui a dirigé des ateliers sur le thème de l’intégration).
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Pour autant, on aurait aimé un film moins sage et plus audacieux : le métrage n’évite pas le ton lisse et les images léchées (l’inévitable baignade dans le lac), ni les clichés et les dialogues conventionnels, comme la scène évoquant « le Saint-Germain-des-Prés de Beauvoir et Sartre » ou la séquence de l’engueulade avec le père. Il manque à cet intéressant premier film la fougue romanesque de Brokeback Mountain, la finesse psychologique de Call Me by Your Name, la charge subversive de Tous les hommes s’appellent Ali, ou le lyrisme intemporel du méconnu Seule la terre, dont le scénario était proche. Ces réserves ne doivent pas occulter l’honnêteté et l’élégance et d’une œuvre qui mérite le détour, après avoir été bien accueillie dans plusieurs festivals dont Chéries-Chéris.