Poings de rupture
Le 5 avril 2007
Pour son premier film, Magaly Richard-Serrano parvient à mêler chronique sociale réaliste et envolées oniriques avec succès. Louise Szpindel nous met K.O.


- Réalisateur : Magaly Richard-Serrano
- Acteurs : Maria de Medeiros, Richard Anconina, Louise Szpindel
- Genre : Drame
- Nationalité : Français
- Date de sortie : 4 avril 2007

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– Durée : 1h33mn
Pour son premier film, Magaly Richard-Serrano parvient à mêler chronique sociale réaliste et envolées oniriques avec succès. Louise Szpindel nous met K.O.
L’argument : Joseph s’occupe d’un club de boxe française où il entraîne sa fille et sa nièce depuis leur enfance.
Le soir de la finale des Championnats de France, la victoire de l’une et la défaite de l’autre vont mettre en péril l’équilibre de ce trio.
Entre Angie et Sandra, autrefois complices, élevées comme deux sœurs, une dangereuse rivalité s’installe. Et elle va bien au-delà du ring.
Notre avis : Le passant paresseux, s’arrêtant devant l’affiche du premier film de Magaly Richard-Serrano, ne manquera pas de faire un rapprochement aussi immédiat qu’erroné avec le Million dollar baby de Clint Eastwood. Dommage car, au final, Dans les cordes vit très bien sans cette comparaison encombrante, bien que flatteuse. Ici, c’est un certain réalisme "à la française" qui prime, avec son lot habituel d’avantages et d’inconvénients. La mise en scène est brut de décoffrage, lorgnant presque vers la forme documentaire. Les corps, filmés de près, ne s’offrent pas facilement et préfèreraient s’échapper de l’étouffant cadre, à la fois cinématographique et diégétique, qui les entoure. Ce parti pris permet de restituer parfaitement les différentes tensions qui définissent le rythme du film, qu’elles soient extérieures (familiales, sportives) ou intérieures (doutes, remises en question). Les combats sont âpres, la réalisatrice étant une ancienne championne de boxe, elle sait ce qu’elle filme. Elle s’aventure même parfois vers le lyrisme onirique du Raging bull de Martin Scorsese, notamment en enlevant les sons externes au ring et en accentuant la respiration des boxeuses.
C’est d’ailleurs cet aspect irréel, renforcé par une superbe musique en apesanteur, qui sauve le film de la platitude téléfilmique et d’un certain misérabilisme sous-loachien. Le symbole et la clef de voûte de ces échappées fantasmatiques étant l’actrice, irréelle elle aussi, Louise Szpindel. Sa grâce hypnotique et son visage incandescent irradient la pellicule. Difficile de se défaire de son regard captivant qui continue à nous envoûter bien après la projection. Une révélation. Elle est soutenue par l’épatant (et pataud) Richard Anconina, devenu trop rare ces dernières années.
Bref, malgré des tics convenus et quelques maladresses, notamment des révélations amenées de manière incongrues (voir le malheureux épisode "Macha Béranger" !), Dans les cordes n’en demeure pas moins un film admirable et hautement recommandable. Victoire aux points.