Le 15 février 2019
Un petit bijou d’inventivité graphique au service d’une histoire simple et tragique.


- Réalisateur : Ayce Kartal
- Genre : Animation, Court métrage
- Nationalité : Français, Turc
- Distributeur : Les Valseurs
- Durée : 0h07min
- Titre original : Kötü Kiz
- Festival : Nomination César 2019 du meilleur court métrage d’animation

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Résumé : S. est une petite fille turque âgée de huit ans, dotée d’une imagination débordante, qui aime la nature et les animaux. Depuis une chambre d’hôpital, elle se remémore les jours heureux passés dans le village de ses grands-parents pendant les vacances, mais des souvenirs sombres et terrifiants surgissent et prennent sens peu à peu.
Notre avis : Le court générique fournit tous les éléments du drame subi par la jeune héroïne : une chambre d’hôpital, un ours en peluche qu’une voix off avertit, puis le pantalon d’un homme filmé à la taille, son visage terrifiant saisi en contre-plongée, dont les narines se dilatent pour figurer le canon d’un fusil. Enfin, à hauteur des touffes d’herbe, les chaussures rouges de la petite fille au bout des jambes allongées, sur lesquelles l’agresseur transformé en jouet vient mourir, comme par l’effet d’une justice immanente. Ça ne dure que quelques secondes, c’est aussi fort qu’un cauchemar dans les yeux de l’enfance. D’autres souvenirs précèdent cette tragédie, formant à la fois un contrepoint et un contexte : la petite Turque parle d’abord de ses grands-parents qui vivent dans un village, du train qu’elle prend avec sa sœur pour leur rendre visite. En quelques traits crayonnés, la sensation de vitesse impressionne. Nous voilà embarqués dans un flux d’anecdotes et de détails qui ont la saveur du vécu : les doigts noueux de la grand-mère, les pots de confiture, les gâteaux dont on s’empare à la dérobée, une coccinelle qui suit la courbe d’un index, mais aussi les premières interrogations métaphysiques sur la mort. Peu à peu, le quotidien s’effiloche, les morphings se multiplient, des créatures menaçantes apparaissent, chassent bientôt en meutes, un être mi-homme mi-diable se met à dévorer le doudou de la future victime.
Du drame, le dessin ne conserve que des mains métonymiques, tandis que la voix off commente sobrement : "Grand-père m’a attendu pendant longtemps. Nous devions nous retrouver chez le glacier". A la fin, le corps martyrisé se transforme symboliquement en oiseau. Vilaine fille ne dure que six minutes. C’est une merveille de pudeur et de poésie blessée.