Priez pour nous
Le 20 décembre 2006
Documentaire d’exception pour ceux dont la religion est cinématographique.


- Réalisateur : Philip Gröning
- Genre : Documentaire
- Nationalité : Allemand

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– Durée : 2h42mn
Documentaire d’exception pour ceux dont la religion est cinématographique.
L’argument : Immersion totale à la Grande Chartreuse, nichée dans la citadelle naturelle du massif montagneux, avec l’ordre millénaire des Cartusiens voué à la contemplation, la prière et, si possible, au silence.
Notre avis : Documentaire d’exception, Le grand silence l’est en tout point, son format (près de trois heures), son jeu sur plusieurs régimes d’images (HD 24P et super 8) et son sujet, proche de l’extase cinématographique, le vouant probablement à un public pointu, fan d’un septième art contemplatif et exigeant au croisement de Tarkovski et de Nicolas Philibert.
Ce projet de longue haleine, né en 1984 mais mis en branle seulement il y a sept ans, part à la rencontre de moines coupés du reste du monde et dévoués à une vie inchangée depuis la fondation de l’ordre par saint Bruno en 1084. Une existence recluse le plus souvent dans des cellules pour méditer et prier, le regard levé vers un ciel dont la caméra capte les mouvements d’humeur et les ombres des saisons. Et pourtant, le temps semble s’être arrêté dans la Grande Chartreuse ou plutôt avoir gagné une profondeur que l’on ne lui soupçonnait pas. Philip Gröning, le réalisateur, en partageant le quotidien des moines pendant six mois a certes étayé son documentaire pour saisir le rythme répétitif de leur quotidien entre labeur et vie spirituelle. Mais il cherche, davantage qu’à expliquer leur reniement du monde pour la fusion avec Dieu, à l’épouser tant l’éthique cartusienne repousse les barrières du langage cinématographique et du langage tout court, les Chartreux devant s’abstenir, tant que faire se peut, de parler.
Les fondus au noir avec des citations de saint Bruno, revenant sans cesse pendant le cours du film, lui confèrent un caractère presque hypnotique. En somme, une tentative d’élévation pour le spectateur, un long métrage-prière où la grâce, peut-être, au détour d’une séquence l’effleurera.