Les tontons ont peur
Le 9 août 2019
Un Mocky désopilant, atypique dans la production du cinéma français comique des années 60.


- Réalisateur : Jean-Pierre Mocky
- Acteurs : Francis Blanche, Jean Poiret, Bourvil, Victor Francen, Raymond Rouleau, Jean-Louis Barrault
- Genre : Noir et blanc, Comédie horrifique, Comédie policière
- Nationalité : Français
- Distributeur : Les Acacias, Pathé Consortium Cinéma
- Durée : 1h35mn
- VOD : Canal VO, Orange, UniversCiné
- Reprise: 4 mai 2022
- Date de sortie : 28 octobre 1964

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Résumé : Les inspecteurs Triquet et Virgus se lancent à la poursuite, chacun dans une petite ville de province, d’un dangereux faussaire évadé : « Mickey le bénédictin ». C’est ainsi que Triquet se retrouve à Barges, petit village d’Auvergne, où, à l’occasion de rencontres diverses et variées, il découvre candidement mensonges et dissimulations.
Critique : Adapté d’un roman de Jean Ray, La grande frousse marqua la seconde collaboration de Jean-Pierre Mocky avec Bourvil, qu’il avait déjà dirigé dans Un drôle de paroissien (1962). Les deux hommes tourneront ensuite La grande lessive (1968) et L’étalon (1970). C’est sur les conseils de Raymond Queneau que Mocky entreprit cette adaptation, transposant dans le Cantal une action initialement située en Écosse. Le récit en est complètement loufoque et désopilant, mais le public comme les critiques passèrent complètement à côté de l’œuvre. Prévoyants, les producteurs avaient amputé certaines séquences, dont celle montrant la décapitation accidentelle d’un bourreau (Claude Mansard) ! Mocky réussira à imposer son final cut lorsque le film ressortit en 1972, sous son titre initial (qui est aussi celui du roman) : La cité de l’indicible peur.
- © Mocky Delicious Products
On est ici dans la tradition de la comédie policière qui avait connu un sommet en France avec Drôle de drame (1937). La présence au générique de Jean-Louis Barrault peut d’ailleurs être vue comme un hommage, et il y est d’ailleurs aussi question de boucher. Le film emprunte également au cinéma fantastique, un monstre terrorisant le village étant au cœur du sentiment d’effroi dans la population. C’est sans doute ce mélange des genres qui déconcerta à l’époque, La grande frousse ayant été assimilé aux bandes d’Émile Couzinet, Raoul André ou Jean Girault, les Ed Wood tricolores, tâcherons infatigables qui sévissaient alors dans la pire production comique.,Il faut dire que certains personnages peuvent prêter à confusion : on y trouve un brigadier maladroit adepte du cassoulet (Léonce Corne), un inspecteur de police hystérique (Marcel Pérès), un gendarme atteint d’un tic de la bouche (Jean Poiret), ou encore un médecin alcoolique tenant des propos incohérents, et interprété à contre-emploi par Victor Francen, ex-statue du Commandeur des cinémas de Gance et L’Herbier...
- © Mocky Delicious Products
Ces archétypes et conventions de série Z traduisent en fait un sens culotté de l’absurde et de l’humour noir, Mocky étant plus proche de l’esprit des frères Prévert (L’affaire est dans le sac) que de la veine parodique adoptée par Lautner (Les tontons flingueurs). Un bric-à-brac absurde et presque surréaliste imprègne l’enquête de l’inspecteur Triquet. Et la mise en scène joyeusement bordélique de Mocky ne fait qu’amplifier le chaos ambiant, qui culmine avec une réjouissante tentative de lynchage sur la place du village. Il n’est pas anodin de noter que ce faux amateurisme de Mocky, qui préfigure le style du Miraculé ou des Saisons du plaisir, contraste avec le prestige artistique de ses collaborateurs, dont le chef-opérateur Eugen Schüfftan (Le quai des brumes), la monteuse Marguerite Renoir ou le couturier Louis Féraud, qui habilla Véronique Nordey, alors épouse de Mocky à la ville. Il faut enfin souligner l’exceptionnelle galerie de trognes qui caractérise comme d’habitude le cinéma de Mocky. Outre les acteurs déjà cités, on gardera le souvenir des truculentes apparitions de Francis Blanche, Raymond Rouleau, Jacques Dufilho, Fred Pasquali, Roger Legris ou Jean-Claude Rémoleux.
– Rétrospective Jean-Pierre Mocky, l’affranchi, 1ère partie