Retour à Shanghai
Le 11 mars 2012
Deux anciens amoureux séparés par la Chine communiste se retrouvent au bout de cinquante ans. Une belle chronique familiale intimiste, Ours d’argent au Festival de Berlin 2010.


- Réalisateur : Wang Quan’an
- Acteurs : Cai-gen Xu, Lisa Lu , Monica Mok
- Genre : Drame
- Nationalité : Chinois
- Distributeur : ZED
- Durée : 1h36mn
- Titre original : Tuan Yuan
- Date de sortie : 7 mars 2012

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Veut le voir
– Festival de Berlin 2010 : Ours d’argent
– Golden Rooster Awards 2011 : Meilleur acteur dans un second rôle pour Cai-gen Xu
L’argument : Qiao Yu’e et Liu se revoient après cinquante années de séparation. En 1949, soldat dans l’armée nationaliste, Liu a fui Shanghai devant l’avancée des troupes communistes. Parti se réfugier à Taïwan alors coupé de la Chine continentale, il a laissé derrière lui sa femme Qiao Yu’e enceinte de leur enfant. Cinquante ans plus tard, il retourne à Shanghai où il retrouve son amour de jeunesse et lui propose de venir vivre avec lui. Mais Qiao Yu’e a refait sa vie…
Notre avis : Après Le mariage du Tuya et La tisseuse, Wang Quan’an continue d’explorer les mutations de la société chinoise avec ce beau récit justement couronné du Prix du scénario (Ours d’argent à Berlin) en 2010. Par petites touches, qui ne sont pas sans évoquer les grands maîtres japonais (Ozu, Naruse), le cinéaste scrute au plus près des personnages saisis d’humanité et désirant assumer des choix personnels difficiles compte tenu des pressions sociales et familiales. Séparés pendant un demi-siècle, les deux anciens époux font le pari de revivre leur passion ancienne mais sont rattrapés aussi bien par le moralisme d’enfants et petits-enfants que par une administration ubuesque, demandant à Qiao Yu’e et son second conjoint de signer un acte de mariage afin de pouvoir divorcer. À l’aliénation de la révolution culturelle répondent les rigidités d’une société empêtrée dans ses tracasseries bureaucratiques. À la nouvelle liberté de sentiments riposte une volonté de maintenir un ordre social opportuniste, les enfants se révélant individualistes lorsqu’ils espacent leurs visites suite à un déménagement en périphérie.
Ces oppositions récurrentes entre marge d’action et contrainte, folie de l’engagement et sagesse de la bienséance, sont traitées avec tact, le réalisateur préférant un regard baissé ou un silence gêné aux discours extravertis et explicatifs, même si le dialogue a une place primordiale dans le récit. De longs plans fixes pour les repas familiaux alternent avec de rares échappées sur une ville de Shanghai dépouillée ici de tout vernis touristique, décor neutralisé au sein duquel se tissent souvenirs, rancœurs, tractations affectives, regrets et impulsions sentimentales. Une séquence dans un restaurant de la ville, qui voit l’un des protagonistes pris de malaise, est un moment fort du film, qui n’est pas sans rappeler les festins animés et arrosés des narrations de Hong Sang-soo, sans le jeunisme habituel du réalisateur coréen. C’est ici tout à l’honneur de Wang Quan’an d’avoir su capter avec délicatesse un triangle amoureux composé de septuagénaires, retrouvant la puissance émotionnelle naguère déployée dans Place aux jeunes (Leo McCarey, 1937) ou Voyage à Tokyo (Yasujiro Ozu, 1953). Et son trio de comédiens n’est pas pour rien dans l’efficacité du dispositif, surtout Lisa Lu, qui fut l’impératrice Cixi dans Le dernier empereur.