L’illusion orientale
Le 2 mars 2015
Une œuvre prometteuse qui reste trop à la surface de son sujet.


- Réalisateur : Stefan Liberski
- Acteurs : Pauline Étienne, Alice de Lencquesaing , Julie Le Breton
- Genre : Comédie, Romance
- Nationalité : Français, Canadien, Belge
- Durée : 1h40mn
- Date de sortie : 4 mars 2015

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Une œuvre prometteuse qui reste trop à la surface de son sujet.
L’argument : La tête pleine de rêves, Amélie, 20 ans, revient dans le Japon de son enfance. Elle propose des cours particuliers de français et rencontre Rinri, son premier et unique élève, un jeune Japonais qui devient bientôt son amant. A travers les surprises, bonheurs et déboires de ce choc culturel drôle et poétique, nous découvrons une Amélie toute en spontanéité et tendresse, qui allie la grâce d’un ikebana à l’espièglerie d’un personnage de manga.
Notre avis : Adapté du roman Ni d’Eve ni d’Adam d’Amélie Nothomb, Tokyo Fiancée raconte l’amourette d’une jeune femme belge fascinée par le Japon et d’un jeune tokyoïte très désireux d’apprendre la langue française.
La rencontre des personnages, Amélie (Pauline Etienne, révélée dans La Religieuse) et Rinri (Taichi Inoue), c’est avant tout le choc des cultures. À la terrasse d’un café, l’élève et la « maîtresse » se découvrent, s’apprivoisent par les mots et la cuisine, au milieu de décors cubistes et de l’architecture nippone. L’intrigue se noue doucement, comme une obi. À défaut de vouloir devenir japonaise, Amélie tombe amoureuse d’un Japonais. Parfois, le récit se rompt, et jette sur l’écran des plans chimériques montrant l’héroïne, grimée en geisha, au bras de l’homme qu’elle aime. L’histoire laisse donc à penser que l’Orient et l’Occident, bien loin de se rejeter, pourraient en fait fusionner. En témoigne le joli souffle oriental dont est traversée toute la première partie du film. Malheureusement, la narration privilégie un point de vue qui n’est que trop celui de l’Occident. Progressivement, le charme poétique de la culture japonaise est dévoré par le flirt bancal des protagonistes et perd un peu de sa pertinence.
© Eurozoom
On se doute bien qu’Amélie et Rinri vont finir par tomber dans les bras l’un de l’autre et tenter de transcender leurs différences ethniques. Mais ces disparités affaiblissent leur relation plus qu’elles ne la fortifient. De plus, ce ne sont pas seulement leurs cultures qui opposent les deux amants, mais aussi leurs personnalités. On retrouve chez Amélie, une liberté et une indépendance très européennes, aux antipodes de Rinri, qui reste très attaché aux conventions et aux traditions de son pays. En outre, le jeune homme semble totalement dépourvu d’intériorité et d’émotion. Amélie, quant à elle, garde toujours le contrôle de sa personne, au lieu de s’abandonner à la jouissance sentimentale. La romance se mue peu à peu en un jeu de passion-répulsion des plus déconcertants. La liaison qu’entretiennent les protagonistes n’est pas une histoire de cœur ; c’est une histoire de corps qui met une fois de plus en évidence l’opposition de leurs cultures. La fascination quasi-onirique d’Amélie pour le Japon n’en est pas moins forte. Mais le parcours initiatique qu’elle traverse tout au long du film reste vain. Ce pays lui échappe, et semble même vouloir la faire partir. Somme toute, il ne sera jamais pour elle qu’un fantasme existentiel, une réalité insaisissable.
© Eurozoom
L’on retrouve dans Tokyo Fiancée la liberté formelle des films de la Nouvelle Vague. La mise en scène, soignée, est délicieusement licencieuse. Toutefois, le réalisateur ne parvient pas complètement à immerger le spectateur dans la culture japonaise. Au contraire, il l’en éloigne, car son point de vue reste trop européen. Stefan Liberski voulait réconcilier l’Orient et l’Occident, il n’a fait qu’entretenir leurs divisions.
L’auteure du livre, Amélie Nothomb, serait, elle, particulièrement satisfaite de l’adaptation.