Une perle orientale
Le 24 février 2013
Atiq Rahimi adapte son prix Goncourt à l’écran et offre à Golshifteh Farahani un éblouissant portrait de femme.


- Réalisateur : Atiq Rahimi
- Acteurs : Golshifteh Farahani, Hamidreza Javdan, Hassina Burgan, Massi Mrowat, Mohamed Al Maghraoui
- Genre : Drame, Film de guerre
- Nationalité : Français, Allemand, Afghan
- Distributeur : Le Pacte
- Durée : 1h42mn
- Titre original : The Patience Stone
- Date de sortie : 20 février 2013

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Résumé : Au pied des montagnes de Kaboul, un héros de guerre gît dans le coma ; sa jeune femme à son chevet prie pour le ramener à la vie. La guerre fratricide déchire la ville ; les combattants sont à leur porte. La femme doit fuir avec ses deux enfants, abandonner son mari et se réfugier à l’autre bout de la ville, dans une maison close tenue par sa tante. De retour auprès de son époux, elle prend conscience de son corps, libère sa parole pour confier à son mari ses souvenirs, ses désirs les plus intimes... Jusqu’à ses secrets inavouables. L’homme gisant devient alors, malgré lui, sa "syngué sabour", sa pierre de patience - cette pierre magique que l’on pose devant soi pour lui souffler tous ses secrets, ses malheurs, ses souffrances... Jusqu’à ce qu’elle éclate !
Critique : C’est le deuxième long métrage de fiction de l’écrivain afghan Atiq Rahimi. Comme Terres et cendres (2003), la présente œuvre est l’adaptation de l’un de ses romans, qui connut un joli succès en librairie suite à son prix Goncourt. On est frappé par la sobriété avec laquelle l’auteur met en place son dispositif de cinéma, évitant trois écueils auxquels le film pouvait se prêter : l’emphase mélodramatique, le plan-séquence d’école et le pamphlet humanitaire consensuel. Rahimi trouve un bel équilibre entre le fait d’assumer un matériau littéraire ultra-dialogué et transcrit par de longs monologues, et l’aptitude à insuffler un rythme cinématographique : les bombardements à répétition et les escapades chez la tante ne sont pas tant des agréments pour « aérer » l’action que des pièces centrales dans une mise en scène de l’angoisse et de l’impossibilité de fuir.
- Copyright Benoit Peverelli
Sans céder aux sirènes de ces films de bonne conscience occidentale, Rahimi offre un beau portrait de femme, partagée entre la fidélité et le respect envers un mari mourant et la volonté d’assumer ses désirs, les confidences aux malades étant le catalyseur de ses ressentiments et frustrations. Obligée de se faire passer pour une prostituée lors d’une intrusion de soldats dans sa maison, la jeune femme évite dans un premier temps d’être violée avant d’être contrainte à un rapport par un jeune combattant maladroit et timide, avec qui elle entretiendra de son plein gré une relation qui sera la prise de conscience de sa condition.
- Copyright Benoit Peverelli
Plus qu’un pamphlet féministe inhérent à la société afghane, Atiq Rahimi propose alors un beau dilemme cornélien universel. La star iranienne Golshifteh Farahani, révélée par Asghar Farhadi dans À propos d’Elly, n’est pas pour rien dans la force dramatique et émotionnelle que dégage le récit. Elle a également été dirigée par Ridley Scott, Marjane Satrapi, Roland Joffé ou Rachid Bouchareb, et ne souhaite pas retourner dans son pays, suite à des problèmes avec les autorités. Nul doute que le cinéma international va en faire une actrice importante dans les années à venir.
– Gijón International Film Festival 2012 : Prix d’interprétation féminine pour Golshifteh Farahani