Effondrement
Le 29 avril 2024
La vie est un chantier : déambulation urbaine et sentimentale dans une Chine qui se cherche.


- Réalisateur : Jia Zhangke
- Acteurs : Zhao Tao, Han Sanming, Hong Wei Wang
- Genre : Drame
- Nationalité : Chinois
- Distributeur : Ad Vitam
- Durée : 1h48mn
- Titre original : Sanxia haoren
- Date de sortie : 2 mai 2007
- Festival : Festival de Venise 2006
Résumé : Propulsés dans un Fengjie apocalyptique, une ville que les ouvriers démolissent jour après jour, San Ming (Han Sanming) et Shen Hong (Zhao Tao) partent à la recherche de leur conjoint.
Critique : Ce n’est plus qu’une gigantesque entreprise de démolition, un capharnaüm de gravats et de sueur. Fengjie, la ville chinoise bicentenaire, doit être engloutie sous les flots du Yangsté pour faire place à un barrage, modifiant ainsi définitivement la géographie de la région des Trois Gorges. Un an auparavant, Jia Zhangke a immortalisé ce moment sur la pellicule, faisant ainsi de cette démolition urbaine un laboratoire cinématographique.
Sans scénario clairement établi, le réalisateur s’est lancé dans une entreprise de néoréalisme qui fait écho aux dernières réalisations de ses compatriotes. Voiture de luxe (Wang Chao) ou les inédits Fu sheng (Sheng Zhimin) et Lost in Beijing (Li Yu) dessinent les contours d’un ensemble cohérent, prenant appui sur la matrice sociale longtemps refoulée ou contournée par peur de la censure. Le grand œuvre politique, la planification limite dictatoriale et le capitalisme rampant deviennent les thèmes de prédilection du cinéma chinois enfin en phase avec le quotidien.
Ce septième art politique s’incarne dans une ville grignotée jour après jour. À Fengjie, les ouvriers concassent les ruines des bâtiments, pilonnent le moindre reste urbain. Dans ce no man’s land, une seule construction, informe Lego de ciment, se dresse en hommage au million d’individus déplacés par les inondations. Dans un moment d’égarement, Jia Zhangke se paie même le luxe d’en faire une fusée mise sur orbite, débarrassant le sol de cette monstruosité architecturale. Simple provocation ? Transgression enfantine ?
C’est que tout semble surréaliste alors que la ville s’effondre et que le plus infime repère spatio-temporel s’évanouit dans la nature. Des quartiers entiers disparaissent sous les eaux ; personne ne reste très longtemps à la même place, chacun étant potentiellement un migrant. Alors à quoi se raccrocher ?
Doucement, Jia Zhang Ke irise son film d’une fresque en surimpression, du vin, des bonbons et des cigarettes que les héros glanent au cours de leur quête. Un parti pris des choses poétique qui arrime l’âme alors que tout se dilue dans les eaux du Yangsté.
Norman06 26 avril 2009
Still Life - Jia Zhangke - critique
Un sujet noble qui force le respect. La mise en scène minimaliste est d’une sobriété exemplaire mais on peut regretter le statisme de certains plans qui plombe quelque peu le récit. Le genre de films que l’on aimerait soutenir davantage n’était l’ennui distingué qui s’en détache.