Le contrat de confiance
Le 13 septembre 2012
Premier film sur l’électroménager anti-Alzheimer, Robot and Frank est aussi transparent que son titre.


- Réalisateur : Jake Schreier
- Acteurs : Susan Sarandon, James Marsden, Frank Langella
- Genre : Comédie dramatique, Science-fiction
- Nationalité : Américain
- Durée : 1h25mn
- Titre original : Robot and Frank
- Date de sortie : 19 septembre 2012

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Premier film sur l’électroménager anti-Alzheimer, Robot and Frank est aussi transparent que son titre.
L’argument : Dans un futur proche. Frank, gentleman cambrioleur à la mémoire fragile, vit en vieux solitaire grincheux jusqu’au jour où son fils lui impose un nouveau colocataire : un robot ! Chargé de s’occuper de lui, celui-ci va bouleverser la vie du vieil ours. Frank va nouer une vraie relation avec son robot jusqu’à mettre au point un braquage des plus inattendus. Robot & Frank : le tandem le plus improbable de l’année.
Notre avis : Pensé, éclairé et filmé comme une pub pour smartphone, ce petit drame de la mémoire en cavale est aussi débridé qu’une partie de bingo à l’hospice, mais se repose largement sur le toujours juste Frank Langella pour bifurquer avant le coma artificiel. A vrai dire, on n’avait encore jamais vu le regard d’un acteur concéder autant de vie à des plaques en vitrocéramique, puisque la production ne nous fera pas croire que le masque de son robot à 10 dollars est fait d’autre chose.
Dans ses meilleurs moments, comme les séquences de shop-lifting complice ou de préparation du casse, le film échappe à ses laborieuses digressions sur la cohabitation (évidemment conflictuelle) de l’homme et du robot de kermesse, laissant ainsi émerger une vraie mélancolie numérique, aussi ténue et intuitive que sa mise en scène, qui ne s’attache pas nécessairement aux respirations de sa machine, mais plutôt à son statut de dictaphone testamentaire pour braqueur sénile. Frank, incapable de rebâtir entièrement les ponts écroulés qui le relient à des enfants dont il se souvient difficilement du nom, sauve les meubles de son cerveau cambriolé en faisant du robot sans état civil le légataire de sa science du crime élégant et un backup mobile de son identité.
Film sur la résistance roublarde, Robot and Frank prouve qu’on ne débranche pas l’homo sapiens comme un micro-ondes. Son départ est lent, traumatique, parfois beau, et le déserteur malgré lui se débat autant qu’il s’efface.
Reste que l’ensemble, poli et linéaire, se remet difficilement de ses seconds rôles monochromes, de ses twists lacrymaux, d’un capital d’attendrissement envisagé comme un déambulateur et d’une vilaine tendance à expliciter ce qu’on sait déjà, ou ce que le cadre échoue à montrer. Robot and Frank est aussi ouaté que sa photo, et son script prévoit un matelas pour chacune de ses chutes, apaisant ses colères et avortant ses questions sur la déshumanisation ou la responsabilité filiale comme on défragmente un disque dur, histoire de ne pas perdre le fil et la main d’un spectateur dont il exige l’empathie avec toute la subtilité d’un commercial d’ONG en pleine collecte de fonds. Ne l’écoutez pas, et allez-y pour Langella.