La vie des autres
Le 3 décembre 2013
Retranché dans un style abscons, ce produit du cinéma équitable laisse pourtant espérer de grandes choses pour la relève indépendante française.


- Réalisateur : Jonathan Musset
- Acteurs : Anthony Bertaud, Carole Reppel-Baelel
- Genre : Thriller
- Nationalité : Français
- Durée : 1h27mn
- Date de sortie : 4 décembre 2013

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Retranché dans un style abscons, ce produit du cinéma équitable laisse pourtant espérer de grandes choses pour la relève indépendante française.
L’argument : Nattie est de retour en France dans un centre spécialisé où l’on enseigne le jeu du Wiphala à des enfants qui ont des problèmes de communication, pour les inciter à s’ouvrir aux autres. Mais, quand le Globe de Nattie tourne, le jeu peut s’avérer dangereux. Un meurtre non élucidé. Un couple mystérieux. Du Wiphala naîtra la vérité.
Notre avis : Produit cinématographique d’un genre nouveau, Midnight globe s’appuie sur l’idée folle d’un cinéma équitable. Financé en partie par Ulele, un site de crowdfunding (forme de collecte participative en pleine expansion sur internet), et distribué par Wayna Pitch, ce premier long-métrage de Jonathan Musset fait honneur au septième art français. Le metteur en scène a d’ailleurs mis un point d’honneur à respecter cette démarche souveraine, en faisant appel à Enoz pour la bande-sonore, un artiste oeuvrant en creative commons. La moitié des recettes du film seront en outre reversées à des associations en lien avec le propos développé.
Indépendant et farouche à la fois dans sa forme et son sujet, Midnight globe s’avère une expérience fraîche et moderne dont on aimerait être plus souvent témoin. Au-delà des évidentes contraintes liées au budget d’une première réalisation, l’oeuvre se distingue par un sens de l’image affûté et un concept scénaristique brillant. Présenté comme un thriller poétique, le film puise ses qualités premières dans son écriture. Plus encore que l’intrigue, relativement secondaire, le monde alternatif imaginé par le jeune cinéaste exprime un intérêt aigu envers la capacité des personnes à interagir entre elles. Le Wiphala, jeu fictif permettant aux participants de voyager dans un certain continuum espace-temps, porte en lui les germes d’une délivrance humaine et sociale.
Complexe et polymorphe, Midnight globe invite à réfléchir sur les relations d’inter-dépendance dont nous sommes tous sujets. Fort d’une mise en scène gracieuse, le long-métrage présente de superbes décors, comme le Dojo Nantais ou l’Île de Versailles. Seul le jeu des acteurs, emprisonné dans une logique théâtrale inconvenante, pourrait tempérer notre enthousiasme. Malgré un montage capricieux, le style nébuleux et ouaté de Jonathan Musset emporte quant à lui notre entière approbation.
Midnight globe, si il s’adresse à un public éveillé et averti, prouve à tous ceux qui auraient eu le malheur de l’oublier que le cinéma français indépendant français n’est pas encore mort. Loin s’en faut.