A Street art named desire
Le 25 mai 2015
Un point de vue détonnant sur la société colombienne contemporaine, à travers les yeux de deux graffiteurs.


- Réalisateur : Oscar Ruiz Navia
- Acteurs : Jovan Alexis Marquinez, Atala Astrada, Calvin Buenaventura
- Durée : 1h43mn
- Date de sortie : 27 mai 2015

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Un point de vue détonnant sur la société colombienne contemporaine, à travers les yeux de deux graffeurs.
L’argument : Dans la journée, Ras est ouvrier dans le bâtiment. Tous les soirs après le travail, il tague des graffitis sur les murs du quartier dans l’est de Cali (Colombie). Ras n’a pas dormi depuis longtemps et commence à rêvasser en plein jour. Quand il vole plusieurs pots de peinture pour finir une immense fresque murale, il est renvoyé. Sans le sou, il arpente la ville à la recherche de Calvin, son ami graffeur qui fait des études d’art et veille avec amour sur sa grand-mère.
Notre avis : Le réalisateur colombien Oscar Ruiz Navia nous livre une histoire à mi-chemin entre le documentaire réaliste et la fiction. A travers les personnages de deux jeunes gens, Ras et Calvin, Los Hongos évoque son vécu d’adolescent, ses émotions d’alors. Un univers beaucoup plus personnel et intime que le premier long de l’auteur, La barra. On remarque aussi que les comédiens sont des acteurs non-professionnels par souci d’authenticité ; le cinéaste voulait travailler avec des personnes réelles. Le père de Calvin est ainsi interprété par le père du réalisateur, et la grand-mère par la sœur de sa grand-mère. On reste donc en famille.
Si les personnages vivent dans un environnement difficile - Ras est viré de son travail, la « Ñañita », appelée de cette affectueuse manière pour son petit fils, est atteinte d’un cancer-, il n y a pas de dramatisme et on ne perçoit jamais ces personnages comme des victimes. On trouve même une sorte de sérénité, voire de l’espérance dans ce film haut en couleur.
Calvin et Ras continuent d’aller de l’avant, ils ne se laissent pas freiner par leurs problèmes financiers, sentimentaux. Ils nous disent même que leur pouvoir se forge dans les couleurs, (« Tenemos el poder en los colores »). Ils sont cernés par la marginalité. La « Ñañita », le père, Maria, la mère de Ras, les copains graffeurs... tous luttent pour leur survie, pour ce qu’ils veulent faire, malgré la pourriture qui gangrène leur monde. A savoir, les problèmes sociaux en Colombie (notamment la corruption dans la classe gouvernante).
Dans cette société de misère, on découvre également des rapports très respectueux et très doux aux anciens. Malgré leurs désaccords, Ras est toujours poli et attentionné envers sa mère. Calvin affectionne beaucoup sa grand-mère, il aime bien prendre soin d’elle, lui mettre du rouge à lèvres, qu’elle lui raconte des anecdotes sur sa jeunesse… C’est une relation très tendre et très spéciale qui donne de la valeur au film, à la fois sur la tradition mais également la modernité de leur époque (voir le collage d’images issues de Skype, Facebook, d’internet, de la télévision et de téléphones portables).
Film « urbain » qui investit le monde des graffeurs, Los Hongos tient un discours sur le métissage, le brassage des cultures. La douleur est universelle. Les jeunes gens se sentent proches de la « Révolution Égyptienne », des femmes arabes et ils décident de leur rendre hommage avec leurs graffitis.
Oscar Ruiz Navia imprime une dimension universelle et un point de vue différent, car il ne traite pas de thèmes a priori courants dans le cinéma colombien. Le street-art fait dialoguer la ville et ses différents espaces, faisant basculer les clichés culturels, soulignant que Los Hongos, à sa façon, essaie surtout de repenser ce monde globalisé qui est le nôtre…