Les âmes grises
Le 19 août 2013
Le dernier Claire Denis passe inaperçu pour sa sortie estivale. Une raison à cela ?


- Réalisateur : Claire Denis
- Acteurs : Grégoire Colin, Chiara Mastroianni, Hélène Fillières, Michel Subor , Vincent Lindon, Florence Loiret-Caille, Alex Descas, Lola Creton, Julie Bataille
- Genre : Drame
- Nationalité : Français
- Distributeur : Wild Bunch Distribution
- Durée : 1h40mn
- Date de sortie : 7 août 2013
- Festival : Festival de Cannes 2013

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Résumé : Commandant, à bord d’un supertanker, Marco Silvestri doit rentrer d’urgence à Paris, abandonner le navire. Sa sœur Sandra est aux abois… son mari suicidé, une entreprise en faillite et sa fille unique à la dérive. Sandra désigne le coupable : l’homme d’affaires Édouard Laporte. Marco loue un appartement dans l’immeuble où Laporte a installé sa maîtresse et leur fils. Mais Marco n’avait pas prévu les secrets de Sandra, qui brouillent la donne…
- © Wild Bunch Distribution
Critique : Une fille déambule nue dans la rue, un homme se suicide… Claire Denis immerge de suite le spectateur dans une atmosphère étouffante et mystérieuse. Prenant le prétexte d’une histoire de vengeance, la réalisatrice sonde les profondeurs de l’âme humaine, où la frontière entre bien et mal reste profondément floue. Comme à son habitude, elle ne cherche pas à juger ses personnages, mais plutôt à filmer leur dérive, notamment celle de Marco (Vincent Lindon) qui tel le personnage de Toshiro Mifune dans Les Salauds dorment en paix d’Akira Kurosawa (1960), ne parvient pas à venger sa famille. Mais ne se trompe-t-il pas de cible ?
- © Wild Bunch Distribution
Le film reste passionnant dans sa forme, magnifiée par la photographie rugueuse d’Agnès Godard, offrant quelques séquences troublantes (le rêve de la mort de l’enfant). Peu de réalisateurs réussissent à filmer si bien l’errance et la noirceur humaine. Cependant, le formalisme de Claire Denis a tendance à masquer ici un propos peu maîtrisé. En proposant une narration morcelée via l’utilisation d’ellipses, la cinéaste souligne l’égarement du personnage de Marco, qui navigue à vue tout du long. Mais comme elle brouille constamment les pistes, c’est le spectateur qui s’égare. En effet, n’ayant que peu d’informations, aucune psychologie, la confusion prend le dessus et rend le film trop énigmatique. Cela pourrait être relié au cinéma de David Lynch, mais ce dernier maîtrise son mystère alors que Claire Denis se laisse totalement dépasser par son projet. On le ressent particulièrement lors de cette fin maladroite et démonstrative, qui ne fait que surligner ce qui avait été suggéré tout du long. En esquissant à peine les personnages, on finit forcément par les juger moralement ainsi que leurs actes. Ce n’était pourtant pas le projet de Claire Denis.
- © Wild Bunch Distribution
Après un accueil cannois mitigé (sélection Un Certain Regard), la réalisatrice de Trouble Every Day a retravaillé son montage mais cela n’a pas suffi à clarifier son propos et à rattraper les faiblesses du film. Pour autant, il émerge de ces Salauds une ambiance malsaine, glauque rarement vue dans le cinéma français actuel, et une romance brute et malgré tout touchante entre Vincent Lindon et Chiara Mastroianni. Enfin, il faut noter que les aficionados pourront se satisfaire de retrouver quelques figures marquantes du cinéma de Claire Denis (Alex Descas, Grégoire Colin…) ainsi que la musique entêtante des Tindersticks.
- © Wild Bunch Distribution