Long fleuve barbant
Le 19 février 2007
Une comédie qui aurait bien voulu être grave et grinçante. Pourtant la bonne volonté des comédiens ne parvient pas à cacher des défauts d’écriture et de mise en scène trop criants.


- Réalisateur : Philippe de Broca
- Acteurs : Jean-Claude Brialy, Daniel Prévost, Alan Bates, Pierre Brasseur, Geneviève Bujold, Micheline Presle, Marc Dudicourt, Julien Guiomar, Adolfo Celi, Jacques Balutin, Pierre Palau, Daniel Boulanger, Jacques Mauclair, Paul Faivre, Françoise Christophe
- Genre : Comédie dramatique, Film de guerre
- Nationalité : Français, Italien
- Distributeur : Swashbuckler Films, Les Artistes Associés
- Durée : 1h50mn
- Date télé : 3 février 2025 23:22
- Chaîne : TV5 Monde
- Reprise: 25 janvier 2017
- Date de sortie : 21 décembre 1966

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Résumé : Les soldats allemands et écossais s’affrontent près d’un petit village du nord de la France dans les derniers mois de la Première Guerre mondiale. Menacé de destruction, le village est abandonné par ses habitants. Seuls les fous internés dans l’asile restent dans les lieux, qu’ils vont investir le temps d’une récréation, sous les yeux des militaires.
Critique : Pour ces fous qui animent, le temps d’un film, le théâtre des opérations de la Grande Guerre, l’histoire est comme la neige qui tombe à travers la fenêtre : elle passe sans atteindre leur isolement joyeux, naïf et bruyant. Exilés dans leur fantaisie, les fous ignorent la guerre, l’histoire et le monde ; surgis sans crier gare et par accident dans les lieux abandonnés, tristes et "réels" d’un village pris entre deux feux, ils apportent leur folie comme les enfants apportent leurs jouets dans les cours de récréation.
D’une belle idée, Philippe de Broca fait un film décevant. Le roi de cœur n’a pas rencontré à sa sortie le succès promis par une distribution exceptionnelle et un engagement honnête et enjoué de toute sa troupe : Pierre Brasseur en vieux général émouvant, Micheline Presle en maquerelle séduisante et mutine, Brialy en Charlus d’opérette, Serrault qui en fait déjà des tonnes dans le genre Zaza... mais malgré la reconnaissance critique voire cinéphilique que connaît paraît-il ce film outre-Atlantique (ce qui nous est précisé comme un rappel à l’ordre), on doute que Le roi de cœur connaisse plus de succès aujourd’hui.
Passons sur les longs échanges sans sous-titres entre soldats anglais ou allemands, en souhaitant pour les éventuels spectateurs que ce défaut sera corrigé à la sortie du film en salle : si une grâce certaine, une sorte d’enchantement mi-grave mi-naïf habitent effectivement le film dans sa première demi-heure, le charme est vite brisé. La fantaisie sombre dans un recours systématique et ennuyeux aux quelques ustensiles pauvres qui connotent le théâtre ou le cirque : fauves et fanfares, costumes et postures... l’évocation de ce monde d’artifices oublie, malgré toute la bonne volonté des acteurs, de se parer d’une écriture - souvent bâclée - et surtout d’une véritable mise en scène - alourdie par une référence obligée au théâtre. Julien Guiomar et la toute jeune Geneviève Bujold deviennent alors les personnages d’une farce faiblarde, tournée avec négligence, souvent paresseuse, qui prétend au merveilleux sans jamais accepter la part de gravité ni la rigueur formelle qu’exige précisément la fantaisie.