Le 4 novembre 2021
Un récit plein de cœur et d’humanité autour du scandale médical des laboratoires Servier.


- Réalisateur : Emmanuelle Bercot
- Acteurs : Benoît Magimel, Philippe Uchan, Gustave Kervern, Sidse Babett Knudsen, Patrick Ligardes, Isabelle de Hertogh
- Genre : Drame
- Nationalité : Français
- Distributeur : Haut et Court
- Durée : 2h08mn
- Date télé : 26 mars 2022 20:40
- Chaîne : OCS Max
- Âge : Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs
- Date de sortie : 23 novembre 2016

L'a vu
Veut le voir
Résumé : Dans son hôpital de Brest, une pneumologue découvre un lien direct entre des morts suspectes et la prise d’un médicament commercialisé depuis 30 ans, le Mediator. De l’isolement des débuts à l’explosion médiatique de l’affaire, l’histoire inspirée de la vie d’Irène Frachon est une bataille de David contre Goliath pour voir enfin triompher la vérité.
Critique : Obsédée depuis l’enfance par l’idée de la justice, Emmanuelle Bercot, qui avec La tête haute (2015) se penchait sur le sort réservé par les instances judiciaires aux enfants délinquants, poursuit son incursion dans le registre social avec le combat hors du commun d’une pneumologue, bien décidée à interdire la commercialisation d’un médicament, jugé responsable de la mort de plusieurs centaines de personnes.
Le film démarre par l’image d’une femme seule au milieu d’un océan agité. On ne pouvait trouver métaphore plus explicite pour nous jeter dans l’ambiance de ce que va être le récit de ce portrait qui force l’admiration.
- Copyright Caramel Films
La réalisatrice, qui a longuement rencontré Irène Frachon avant de se lancer dans cette aventure cinématographique courageuse, nous propose un film dossier largement étayé, au rythme serré, sans temps mort. Très vite, on se laisse embarquer dans cette histoire prenante, qui ne nous épargne ni les sigles barbares, ni les chiffres en pagaille, ni les études scientifiques ardues qu’un découpage alerte nous rend cependant accessibles. Devant affronter le mépris et le cynisme de ses adversaires qui la considèrent comme un vulgaire « petit médecin de province », cette femme à l’idéalisme inébranlable franchira un à un les obstacles qu’elle rencontrera sur sa route. Une mise en scène efficace nous plongera au cœur de l’action et ses doutes, ses peurs, ses succès deviendront les nôtres. Au-delà de dénoncer le lobby des laboratoires pharmaceutiques et la responsabilité de l ’État qui a failli à sa mission, Bercot nous sensibilise à la souffrance des corps, conséquence de ces failles, avec des images d’opération à cœur ouvert difficilement supportables pour les âmes sensibles, suivies, quelques minutes plus tard, par une scène d’autopsie encore plus réaliste. Si douloureuses soient elles, ces scènes imprègnent le film de la dureté indispensable à l’avancée de la lutte engagée.
- Copyright Caramel Films
Le choix de Sidse Babett Knudsen (idée qui a été soufflée par Catherine Deneuve à Emmanuelle Bercot), César de la meilleure actrice dans un second rôle pour L’hermine et héroïne de la série télévisée danoise Borgen, pour incarner cette Erin Brockovich brestoise au langage fleuri, à l’énergie inaltérable, à la joie de vivre communicative et surtout à l’amour infini pour les autres, magnifie un film aux atouts déjà nombreux. On se plait à la voir prendre soin de ses malades avec qui elle noue de véritables histoires humaines, à la sentir soutenue par une famille exceptionnelle et surtout à la regarder au milieu de l’action, entourée d’une équipe de choc. Son amitié et ses affrontements avec un Benoît Magimel légèrement bedonnant, dans la peau d’un chercheur doux et timoré (on découvre qu’après s’être retrouvé face à un jury, composé d’employés des laboratoires Servier, il ne sera pas labellisé par l’Inserm, à cause de l’aide qu’il a apportée à Irène Frachon dans sa quête de vérité) distillent habilement la touche d’émotion nécessaire.
- Copyright Caramel Films
Un film humaniste et intelligent qui, contrairement à la loi, rend justice aux lanceurs d’alerte et illustre parfaitement cette phrase d’Albert Einstein qu’Emmanuelle Bercot fait sienne : « le monde est dangereux à vivre non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire ».