Cortège funèbre en bord de mer
Le 14 novembre 2014
En s’inspirant du recueil de nouvelles de Marotta, De Sica, à son meilleur, rend un hommage chaleureux et parfois poignant à la la bouillonnante cité parthénopéenne.


- Réalisateur : Vittorio De Sica
- Acteurs : Sophia Loren, Silvana Mangano, Vittorio De Sica, Paolo Stoppa, Eduardo De Filippo, Lianella Carell, Totò, Tina Pica, Erno Crisa, Giacomo Furia
- Genre : Comédie, Comédie dramatique
- Nationalité : Italien
- Editeur vidéo : Tamasa
- Durée : 2h11mn (DVD)
- Date télé : 24 avril 2024 22:45
- Chaîne : OCS Géants
- Titre original : L'oro di Napoli
- Date de sortie : 13 août 1955
- Festival : Festival de Cannes 1955

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Résumé : L’étrange mariage d’une prostituée, un caïd despote et envahissant, une pizzaïola volage au mari jaloux, un marchand de sagesse persiffleur, l’obstination d’un joueur déchu, des dragées pour de bien curieuses funérailles… Une tranche de vie napolitaine racontée avec brio en six tableaux cocasses et émouvants. Une comédie virevoltante !
Critique : Après l’expérience malheureuse de coproduction italo-américaine avec David Selznick sur Stazione Termini, Vittorio De Sica prenait en apparence moins de risques en réalisant, sous l’égide de Dino De Laurentis et Carlo Ponti, ce vibrant hommage à sa ville natale auquel la présence au générique de valeurs sûres telles que Totò, Silvana Mangano ou l’étoile montante Sophia Loren garantissaient un succès qui sera effectivement au rendez-vous, du moins en Italie.
Le film, adapté par Cesare Zavattini et Giuseppe Marotta de nouvelles de ce dernier parues d’abord sur le Corriere della sera puis publiées en volume en 1947, fait appel, il est vrai, à des ressorts éprouvés de comédie populaire et sacrifie largement au folklore et à la couleur locale, classiques de la chanson napolitaine compris.
La verve théâtrale qu’on associe généralement à la cité parthénopéenne se déploie en effet joyeusement dans ces saynètes enlevées où tout le monde est en représentation permanente, y compris le veuf éploré dans le savoureux Pizze a credito (grand numéro extraverti du Romain Paolo Stoppa) et de la mère (Teresa De Vita) qui, dans Il funeralino, organise pour son enfant mort un somptueux cortège de funérailles qu’elle fait passer en bord de mer, par les quartiers chics et les endroits les plus en vue de la ville.
Cet épisode magnifique, dont De Sica aurait souhaité qu’il clôture l’ensemble sur une note mélancolique et légère à la fois (la distribution de dragées aux enfants), a été coupé pour l’exploitation commerciale de l’époque*. Il ne détonne pourtant pas dans un ensemble où l’humour et l’énergie vitale se déploient sur un fond de gravité mélancolique et où la pauvreté et la mort sont des présences familières, comme apprivoisées (le film commence d’ailleurs par une scène très drôle dans un cimetière).
L’amertume, partout sous-jacente, se fait parfois plus vive, comme dans l’émouvant Teresa qui valut à Silvana Mangano un Nastro d’argento mérité.
Le prix du film tient à ce mélange de brio comique et de gravité, à l’accent d’authenticité apporté par les scènes de rue et par l’attention portée par les scénaristes et le metteur en scène à une foule micro-événements en apparence secondaires qui permettent aux scènes de respirer en échappant à la dramaturgie forcée.
Jugé trop ouvertement commercial et donc forcément mineur à sa sortie, L’oro di Napoli s’impose avec le recul comme un des films les plus personnels et réussis de De Sica.
Le DVD
L’éditeur Tamasa propose en DVD la version intégrale du film en même temps que le magnifique I bambini ci guardano.
Les suppléments
On appréciera la présentation élégante en digipack cartonné et on lira avec intérêt le livret d’accompagnement contenant un texte remarquable de Jean A. Gili illustré de photos du film.
À l’écran il faudra se contenter d’un agréable diaporama et d’une filmographie (abrégée) du cinéaste.
Image
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La copie utilisée n’est pas exempte, par moments, de griffures et de points blancs et souffre parfois d’une légère surexposition. Elle est cependant de fort belle qualité et permet d’apprécier la photo au noir et blanc très travaillé de Carlo Montuori qui contribue à la sensation de respiration ample et de profondeur ressentie à la vision du film. Le report numérique est tout à fait correct.
Son
Une mono assez nette et globalement satisfaisante permet de saisir sans efforts, en VO uniquement, les savoureux dialogues rehaussés des caractéristiques inflexions napolitaines, et d’apprécier la partition musicale efficace d’Alessandro Cicognini.
*Dans les versions internationales, dont celle distribuée en France, manquait aussi celui avec Eduardo de Filippo, Il professore, jugé sans doute peu compréhensible pour un public peu au fait de la culture napolitaine.
– Sortie en Italie : 3 décembre 1954
– Épisodes : Il guappo - Pizze a credito - Il funeralino - I giocatori - Teresa - Il professore.
– Ruban d’Argent de la Meilleure Actrice : Silvana Mangano
– Entrées Italie : 5.241.000
– Entrées France : 679 792
– Sortie DVD : 16 octobre 2012