Dans l’axe du mal
Le 22 avril 2015
Peu de temps après la polémique causée par la sortie d’American Sniper, Good Kill questionne le complexe de Dieu de l’armée américaine et la légitimité de ses actions dans la croisade contre le terrorisme.


- Réalisateur : Andrew Niccol
- Acteurs : Ethan Hawke, Bruce Greenwood, January Jones, Jake Abel, Zoë Kravitz
- Genre : Thriller
- Nationalité : Américain
- Durée : 1h42mn
- Date télé : 27 septembre 2024 21:00
- Chaîne : Paris Première
- Date de sortie : 22 avril 2015

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Résumé : Le commandant Tommy Egan, pilote de chasse reconverti en pilote de drone, combat douze heures par jour les talibans derrière sa télécommande, depuis sa base, à Las Vegas. De retour chez lui, il passe l’autre moitié de la journée à se quereller avec sa femme, Molly et ses enfants. Tommy remet cependant sa mission en question. Ne serait-il pas en train de générer davantage de terroristes qu’il n’en extermine ? L’histoire d’un soldat, une épopée lourde de conséquences.
Critique : Après le désastreux Les âmes vagabondes, Andrew Niccol renoue avec ses premiers amours. À l’instar de Lord of War, Good Kill soulève les questions éthiques et sociétales qu’engendrent les guerres modernes. Le cinéaste néo-zélandais s’intéresse à la portée politique et morale de l’utilisation des drones. Le protagoniste, ancien pilote de chasse reconverti en tueur à distance, noie ses ambitions dans la médiocrité et l’alcool bon marché. Fasciné par le danger, obsédé par le sens du devoir, ce soldat type est embrigadé dans la guerre contre le terrorisme menée par les États-Unis depuis le 11 septembre 2001.
- © La Belle Company
Dans une petite base du Nevada, l’intérieur de cubicules alignés au milieu du désert, des dizaines de recrues américaines font face à un écran d’ordinateur. Une main sur le cœur, l’autre sur le joystick, chacun de ces patriotes exemplaires détient le droit de vie ou de mort sur les citoyens de pays d’Orient. Un ordre. Un clic. Une explosion. Un ordre. Un clic. Une explosion. Puis, le décompte des cadavres. À l’écran, les cibles afghanes n’apparaissent que sous la forme de silhouettes pixelisées vaquant à d’obscures occupations. La seule séquence lisible se déroulant au sol se déroule dans la cour d’une maison, où un homme armé vient régulièrement battre une femme et la violer brutalement. Depuis leur container climatisé, les soldats assistent à cette abomination horrifiés, impuissants.
Élégamment réalisé, le montage de Good Kill alterne lors des séquences de missions, les gros plans sur l’écran de contrôle et très gros plans sur les yeux et la bouche du militaire en contrôle. Le décor irréel des banlieues de Las Vegas prête à rire. Les femmes de soldats, fardées et coiffées, déambulent et pavoisent en talons aiguilles dans leur propriété avec piscine et barbecue. Le malaise de l’ancien pilote de retour dans cette vie civile absurde est palpable. En insistant sur le désir bafoué de son héros de voler à nouveau, Andrew Niccol en justifie presque les pulsions mortifères. Est-il plus noble de causer la mort si c’est au péril de la sienne propre ?
- © La Belle Company
L’ultime séquence du long-métrage en décrédibilise la portée. Le major de l’U.S. Army, atterré par la brutalité des actions conduites par les hommes, pulvérise le violeur afghan d’un simple mouvement de manette avant de quitter fièrement les lieux. Rasséréné par l’impression d’avoir agit selon son bon droit, le meurtrier longue distance s’autorise alors à retrouver femme et enfant. On peine à croire que la dématérialisation des conflits armés soit le véritable problème.