Le 25 octobre 2023
Un road movie où Catherine Deneuve, pardon Bettie, côtoie la France profonde. Avec les meilleures intentions du monde, la greffe de star dans l’organisme receveur ne prend pas, même si le film n’est pas déplaisant à regarder.


- Réalisateur : Emmanuelle Bercot
- Acteurs : Catherine Deneuve, Mylène Demongeot, Hafsia Herzi, Claude Gensac, Nemo Schiffman, Gérard Garouste, Valérie Lagrange, Camille, Paul Hamy
- Genre : Comédie dramatique, Road movie
- Nationalité : Français
- Distributeur : Wild Bunch Distribution
- Editeur vidéo : Wild Side Video
- Durée : 1h56mn
- Date télé : 25 octobre 2023 20:55
- Chaîne : Arte
- Date de sortie : 18 septembre 2013

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Critique : À la fois road movie et faux documentaire sur Catherine Deneuve qu’on ne quitte pas d’une semelle, Elle s’en va est construit sur une tangente narrative : lassée de sa vie sentimentale qui ne la satisfait pas, de sa mère envahissante (Claude Gensac dans un de ses derniers rôles) et d’un travail qui l’accapare, Bettie quitte brusquement le restaurant qu’elle dirige, prend sa voiture et part à l’aventure. Nicotino-dépendante, elle passe son temps à rechercher des cigarettes. Au hasard de ses pérégrinations, elle discute avec un vieux fermier esseulé qui lui roule une clope de ses mains tremblantes, est conviée par un groupe d’amies réunies dans un bar de bikers, achevant sa nuit dans les bras d’un homme avec une perruque rose (pas crédible), demande sa route pour Limoges à un agriculteur en plein épandage.
Le film donne constamment l’impression de vouloir démocratiser l’inaccessible star Deneuve, en lui faisant côtoyer des représentants de cette France profonde dont Emmanuelle Bercot documente maladroitement les us et coutumes. Le résultat est à l’inverse des intentions : plus on impose au personnage vedette la présence de cette faune hétéroclite, plus le surplomb paraît évident, avec une forme de mépris qui confère à la caméra une dimension entomologique. La volontaire banalité des dialogues prétend que cette France-là ne saurait s’extirper de conversations quotidiennes, selon un décret intrinsèquement discriminant : il y aurait la masse des gens qu’on observe et nous, les nantis culturels, qui avons toute légitimité pour les regarder. Parfois, Bettie ouvre des yeux écarquillés sur ces sauvages de la province qu’elle semble découvrir, alors qu’elle en fait a priori partie. Signe tangible qu’en dépit de sa recherche d’authenticité, l’héroïne est largement contaminée par la présence de sa star. Comme Bercot sent bien que l’affaire a tendance à tourner en rond, elle privilégie une bifurcation familialo-sentimentale, en organisant les retrouvailles de la grand-mère et du petit-fils que la première ne connaît quasiment pas. Evidemment, les deux apprendront à s’apprivoiser sur la route, entre scènes de complicité et conflits attendus, selon un schéma scénaristique d’une grande paresse, avec en toile de fond, le passé qui pointe le bout de son nez (un rassemblement d’anciennes Miss bien anecdotique). Cerise sur le gâteau : au terme de son voyage, Bettie trouve enfin le grand amour. Et le long-métrage s’achève en téléfilm.