Le 15 février 2019
Steve Moreau réalise un coup d’essai inabouti, mêlant superbes images et lourdeurs scénaristiques.


- Réalisateur : Steve Moreau
- Acteurs : Simon Voss, Tonio Descanvelle
- Genre : Drame, Noir et blanc
- Nationalité : Français
- Distributeur : Les films du voilier
- Durée : 1h20mn
- Box-office : 182 entrées France / 182 entrées Paris Périphérie
- Date de sortie : 14 janvier 2015

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On s’en voudrait de rejeter totalement ce film qui manifeste un sens aigu du cadrage, mais certains défauts irritent et nuisent au plaisir.
L’argument : Un fils de quatorze ans et son père voyagent dans leur voiture… Cet ultime face à face les emmène dans une ville au bord de la mer sans connaître véritablement ce qui les attend...
Notre avis : Ce film est l’adaptation du roman éponyme par son auteur ; les difficultés rencontrées pour le réaliser, la dimension autobiographique, l’entêtement de Steve Moreau, l’engagement de son équipe et de son producteur forcent le respect et attirent la sympathie, en même temps que le désir de soutenir le projet. On se sent d’autant plus mal à l’aise au fur et à mesure de la projection. En effet, le début séduit par sa rigueur : un père et son fils côte à côte dans une voiture, quelques gestes, des regards fuyants, le paysage qui défile, en quelques minutes tout est dit sans effets. On comprend bien l’enjeu, une sorte d’éducation à rebours : comment le père immature arrivera-t-il à accepter son rôle et sortir de son adolescence tardive ? Dans un premier temps, cette description d’un adulte cyclothymique, qui fugue, écoute du rock, boit et drague, réussit à imposer un regard sur notre époque. Son vocabulaire limité et « jeune » parfait le portrait d’un immature inculte - c’est un autre qui fera découvrir au fils, Léo, la lecture, qui lui parlera de sa vie et déjouera le piège du discours stéréotypé et avilissant. Comme on peut s’y attendre, c’est l’enfant qui joue le rôle du parent : la scène où il lui dit qu’il manque d’argent pour faire les courses est à cet égard révélatrice.
Steve Moreau a, c’est indéniable, le sens du cadrage et de la composition ; nombre de plans sont admirables, et le travail sur le noir et blanc magnifie, surtout dans les extérieurs, la beauté de l’image. De même l’idée finale de symboliser la libération de Léo par l’apparition de la couleur ne manque pas d’inventivité ni d’audace. D’où vient alors notre déception, et, soyons franc, notre agacement ? D’abord sans doute des dialogues, maladroits, sentencieux parfois ; comment peut-on écrire des phrases telles que : « Ma destinée en a décidé autrement » ou « ton cœur ne triche jamais » ? Des acteurs ensuite : Robert, le vieux compatissant, comme le père sont interprétés sans nuances, avec un répertoire d’expressions limité. Et enfin du scénario, qui enchaîne les clichés et tourne souvent en rond, malgré, répétons-le, de bonnes idées : figurer le licenciement du père par le retour de la petite annonce, par exemple.
On s’en voudrait d’être excessivement sévère avec ce coup d’essai, mais le sens de l’image ne compense pas toujours les maladresses et les lourdeurs gênantes, qui gâchent le plaisir contemplatif réel que l’on éprouve parfois.