Jeux dangereux
Le 17 octobre 2012
Michel Franco narre et filme avec subtilité une lente descente aux enfers et un inexorable repli sur soi.


- Réalisateur : Michel Franco
- Acteurs : Tessa Ía, Hernán Mendoza, Gonzalo Vega Sisto, Francisco Rueda
- Genre : Drame
- Nationalité : Français, Mexicain
- Distributeur : Bac Films
- Editeur vidéo : Bac Films
- Durée : 1h43mn
- Âge : Interdit aux moins de 12 ans
- Date de sortie : 3 octobre 2012
- Festival : Festival de Cannes 2012

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Résumé : Lucía est morte dans un accident de voiture il y a six mois ; depuis, son mari Roberto et sa fille Alejandra tentent de surmonter ce deuil. Afin de prendre un nouveau départ, Roberto décide de s’installer à Mexico. Alejandra se retrouve, nouvelle, dans une classe. Plus jolie, plus brillante, elle est rapidement la cible d’envie et de jalousie de la part de ses camarades. Refusant d’en parler à son père, elle devient une proie, un bouc émissaire.
Critique : Après Daniel & Ana, fraîchement accueilli à sa sortie mais peut-être sous-estimé, Michel Franco signe une œuvre glacée et glaçante qui déjoue toutes les attentes. Le film, qui débute et s’achève par deux longs plans-séquences, semble emprunter les tics d’un certain cinéma contemporain (pause, amateurisme des acteurs, étirement des plans, ellipses brutales), pour mieux les dépasser et distiller un sentiment de malaise qui peine à s’évanouir de longues heures après la projection. Du tragique récit d’un deuil qui s’abat sur Roberto, un restaurateur devenu veuf à la suite de l’accident de voiture de Lucía, son épouse, le scénario dévie vers une autre voie. La nouvelle vie de Roberto à Mexico, en compagnie de Alejandra, sa fille adolescente en apparence équilibrée et solide, va être perturbée par une expérience professionnelle contrariante et des signes de trouble de la jeune fille. Celle-ci s’intègre certes rapidement dans son nouveau lycée et à un groupe d’amis ; mais à la suite d’un rapport sexuel filmé avec un téléphone portable, son quotidien est bouleversé et tourne au cauchemar...
- Copyright Michel Franco
Michel Franco narre et filme avec subtilité une lente descente aux enfers et un inexorable repli sur soi. Le cinéma a certes déjà abordé le thème du harcèlement adolescent : Después de Lucía est ici plus proche du minimalisme de Bienvenue dans l’âge ingrat (Todd Solondz, 1995) que des envolées lyriques de Thé et sympathie (Vincente Minnelli, 1956), des fulgurances baroques de Carrie au bal du diable (Brian De Palma, 1976), ou de la dérision teintée de mélancolie déployée par Michel Gondry dans The We and the I.
- Copyright Michel Franco
On songe aussi à Haneke, celui de Funny Games plus que l’auteur du Ruban blanc, par cette aptitude à cerner la violence verbale et physique tout en la montrant hors-champ (la séquence des toilettes ou l’époustouflant retournement final). Et quand Alejandra sort de l’eau après un bain de minuit tragique, on frôle l’irruption du fantastique dans un univers réaliste, tant l’image d’un spectre ou d’une résurrection semble s’incruster. Du grand art.