Des chevaux et des hommes
Le 4 mars 2008
Entre fable épique et histoire d’amour déçu, la geste américaine des rodéos et l’un des plus beaux rôles du grand Robert Mitchum.


- Réalisateur : Nicholas Ray
- Acteurs : Robert Mitchum, Arthur Kennedy, Susan Hayward, Arthur Hunnicutt, Frank Faylen
- Genre : Comédie dramatique
- Nationalité : Américain

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– Durée : 1h53mn
– Titre original : The lusty men
Entre fable épique et histoire d’amour déçu, la geste américaine des rodéos et l’un des plus beaux rôles du grand Robert Mitchum.
L’argument : Wes Merritt et sa femme Louise rencontrent une vieille gloire du rodéo, Jeff McCloud, devant la maison qu’ils souhaitent acheter et où Jeff avait passé son enfance. Wes engage Jeff McCloud pour s’initier à l’art rentable mais dangereux du rodéo. Bientôt Jeff McCloud fait de Wes Merritt un vrai champion, au grand dam de Louise qui craint pour la vie de son époux. Le jeune cow-boy s’enivre peu à peu de sa gloire nouvelle, alors que Louise et Jeff tissent une relation ambiguë, entre l’admiration, l’amour empêché et la défiance. Le trio voyage au gré des grandes places américaines de rodéo.
Notre avis : Les indomptables (The lusty men) fut tourné deux ans avant le mythique Johnny Guitar, et à première vue il ne lui ressemble pas. Tourné en noir et blanc, c’est l’un des meilleurs rôles de Robert Mitchum. L’acteur y est assez proche de celui, tout aussi statuesque, macho ambigu, faiblard et attendrissant qui dans Angel face (Un si doux visage en français, Preminger) gifle une Joan Crawford teigneuse, aussi brune que l’héroïne des Indomptables, Susan Hayward, est rousse (donc méchante, comme le rappelle Mitchum...).
Les indomptables est une fable sur l’échec et sur la peur - peur de l’échec. Lorsqu’il retourne sur les lieux de son enfance, au début du film, dans cette maison d’un bonheur perdu, Mitchum rencontre un vieillard lucide et solitaire qui formule toute la philosophie du récit à venir : "Les livres écrits par des gens qui ont réussi sont inutiles, seuls ceux qui échouent devraient les écrire."
Ce livre-là Nicholas Ray l’écrit pour nous dans The lusty men : Mitchum va échouer. Pas encore vieillard, plus tout à fait jeune homme, la quarantaine vaguement bedonnante mais toujours aussi smart, le cow boy parviendra-t-il à quitter sa jeunesse ? À abandonner les succès éphémères de sa vie errante et les rêves d’amour ? Mitchum, pygmalion timide, a l’amertume élégante et le désespoir bien caché derrière son vague sourire mystérieux. Pourtant son échec est bien là, celui du champion traîné par le cheval qu’il ne veut pas lâcher à la fin d’un rodéo fatal.
Sur fond de rodéos haletants transformés en glorieuse geste américaine (comme toujours, bouseux de l’Iowa, malfrats du Bronx ou, plus récemment, cow-boy gays des montagnes du Wyoming, cette geste-là est aussitôt universelle, c’est le miracle du cinéma américain), Nicholas Ray offre la vision d’une violence poétique et amoureuse, où les hommes sont des enfants qui ne savent ni grandir ni dépasser leurs peurs. Pessimiste et riche, cette fable épique nous est restituée dans des noirs et blancs superbes, et mérite d’être revue pour l’humanité poignante qui anime des hommes qui ne souhaitent finalement qu’une chose : retourner à la maison.